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Billet. Freddy Matungulu à la BAD, privilégier ce qui nous unit

Billet. Freddy Matungulu à la BAD, privilégier ce qui nous unit

Depuis Abidjan, le 10 juillet 2019, Professeur Freddy Matungulu a publié un communiqué de presse dans lequel il annonce avoir répondu favorablement à l'appel du Président de la République Démocratique du Congo Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, lui proposant d'être Administrateur de la BAD, Banque Africaine de Développement. Et professeur Freddy Matungulu « aura à défendre au conseil de la BAD, les intérêts de la RDC et des cinq autres pays d'Afrique centrale... »

Ce qui frappe dans ce communiqué de presse est que, Freddy Matungulu reconnaît Félix Tshisekedi comme Président alors qu'en même temps, lui Freddy Matungulu est un des leaders de « LAMUKA », coalition politique qui concourait en novembre-décembre 2018 pour la présidentielle en soutenant un autre candidat à savoir : Martin Fayulu.

La position de Freddy Matungulu est-elle une hérésie, doit-on automatiquement le vouer aux gémonies, le traiter de tous les noms d'oiseaux comme il est malheureusement de coutume dans les réseaux sociaux congolais, et lui souhaiter tous les malheurs du monde ?

À l'image de nos ancêtres qui recouraient souvent aux proverbes et autres contes quand le clan était en danger suite à la bêtise humaine, je répondrai à la question par cette anecdote.

« Cinq amis voudraient traverser un fleuve. Mais ils n'ont pas d'embarcation. Ils décident d'amener chacun une planche afin de construire l'embarcation. Ce qui est fait et commence alors la traversée. Au milieu du fleuve, une dispute éclate. À court d'arguments un des cinq amis décide de retirer sa planche de l'embarcation. Les quatre autres essaient de le dissuader mais en vain. Fâché, un des quatre autres décident lui aussi de retirer sa planche parce qu'il en a ras-le-bol de l'entêtement de leur compagnon de traversée. »

Dans cette situation, il y a deux possibilités, où chacun des amis en fait à sa tête et on peut deviner la suite, sachant qu'aucun d’eux ne sait nager, ou chacun des cinq se fait violence, met son ego de côté et accepte que l'embarcation arrive à l'autre bord du fleuve.

Cette anecdote illustre quelque peu ce qui est arrivé aux Congolais durant la parenthèse de la vie du pays avec la campagne électorale et la proclamation des résultats.

On a assisté à l'explosion du tribalisme à un degré très dangereux. Ou tu étais avec moi et tu avais droit à la considération, ou tu étais contre moi et tu avais droit à toutes les insultes, à tous les qualificatifs. Et des esprits tortueux et extrémistes ont même inventé d'une part le terme « taliban » pour désigner un camp politique, ce qui a suscité une réaction toute aussi incendiaire dans l'autre camp avec le terme « pangistan » comme qualificatif des adversaires politiques.

Même certains intellectuels congolais étaient tombés dans le piège, peu soucieux que leur comportement mette le feu à la baraque Congo ou pas, tellement le débat politique était descendu au niveau des caniveaux, un peu à l'image des deux amis de l'embarcation qui voulaient récupérer séance tenante chacun sa planche en plein fleuve.

L’embarcation ne devrait-elle pas être considérée comme la RD Congo notre pays qui est un bien commun à la construction de laquelle chacun apporte sa planche, que cette planche soit muluba, mukongo, muswahili ou mungala ?

Avant d'être politicien, Freddy Matungulu est avant tout un grand économiste. Et ça ne court pas les rues.

La position du Professeur Matungulu doit être considérée comme émanant d'un intellectuel qui sait faire la part des choses, qui sait quand il faut privilégier ce qui nous unit : l'intérêt supérieur de la nation.

 

Bruxelles, le 12 juillet 2019

Cheik FITA

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