Info en ligne des Congolais de Belgique
Le 25 octobre 2015, la CENI, commission électorale nationale indépendante de la RD Congo a prévu l’organisation des élections provinciales, municipales, urbaines et locales, des députés provinciaux, conseillers communaux, et des secteurs/chefferies. Autrement dit, les élections qui devraient (enfin) doter le pays des représentants du peuple à la base. Telles que ces élections sont préparées, va-t-on vers l’apaisement ou vers un soulèvement populaire ? Ces élections seront-elles crédibles ou se dirige-t-on vers une parodie électorale ?
Qui dit élections, pense, corps électoral et candidats.
Quelles sont les précautions prises par la CENI pour que le corps électoral soit représentatif et qu’il n’y ait ni frustrations, ni remous, ni contestations, et que les candidats s’inscrivent en toute confiance?
La CENI a programmé l’enregistrement des candidats. Une fois les candidats inscrits, qui va les élire ? Quel corps électoral la CENI convoquera-t-elle ?
En mars 2015, un membre de la CENI a affirmé que les personnes ayant eu 18 ans entre 2011 et 2015 étaient exclus du vote. Il sera relayé par un membre du gouvernement congolais qui affirmera pince-sans-rire, et ne s’appuyant sur aucun texte, que les élections d’octobre 2015 sont des arriérés électoraux. Que dit la loi, que disent les textes ?
Représentativité
Lors des élections chahutées de novembre 2011, il y avait eu 18 143 104 votants, sur les 70.000.000 d’habitants que compte la RD Congo. Cela représente, 12,6% des Congolais. Même si la CENI prétend qu’il y avait eu 32 024 640 inscrits, c’est toujours 45% de la population, et on le sait, ce chiffre avait été gonflé par l’équipe du pasteur Mulunda.
À titre d’illustration, pour Kinshasa la capitale avec plus de 10.000.000 d’habitants, il y avait eu 1.813.409 votants, soit 18% de la population. Et en considérant le chiffre des prétendus inscrits à savoir 3 287 745, même celui-ci, il ne représente que 33% de la population de la capitale.
Et que disent les textes ?
Qui est électeur ?
À l’article 5 de la loi électorale promulguée en février 2015, il est dit :
« Nul n’est électeur s’il ne remplit les conditions suivantes :
Qui est candidat ?
Si pour les provinciales, le candidat doit avoir 25 ans révolus le jour de clôture du dépôt des candidatures (article 148),
Pour les conseillers communaux, on peut lire ceci sur le site de la CENI :
« Le candidat doit remplir les conditions spéciales suivantes :
1. être âgé de 18 ans au moins ; (article 198) et dans son dossier, il doit joindre « une photocopie de la carte d’électeur ».
Pour les conseillers de secteur et de chefferie, le candidat doit « être âgé de dix-huit ans révolus à la date de clôture du dépôt des candidatures ;» (article 210)
Idem pour le candidat chef de secteur ou chef de secteur adjoint (article 217).
Candidat et non électeur ?
Selon la CENI et en chœur, selon le gouvernement, ne peuvent être électeurs que ceux qui avaient été enrôlés avant 2011. Comment les candidats pour les communes, les chefferies et les secteurs, âgés entre 18 et 23 ans pourront-ils l’être sans carte d’électeurs, parce que n’ayant jamais été enrôlés ? Ils pourraient être candidats, sans être électeurs !
Dans le dossier de candidature, il est exigé « une photocopie de la carte d’électeur », ils n’ont pas de cartes d’électeurs. Donc, ils ne pourraient même pas être candidats !
Mission de la CENI
La loi qui crée la CENI lui assigne les missions suivantes :
* l’identification et l’enrôlement des électeurs ;
* l’enregistrement des candidats pour différents scrutins ;
* l’élaboration des listes électorales;
* le vote:
* le dépouillement;
* l’annonce des résultats provisoires;
Qu’a prévu la CENI à propos de l’identification et de l’enrôlement des électeurs?
Voici ce qui est écrit dans le chronogramme de la CENI :
La fiabilisation du fichier électoral, du 26 mars 2014 au 9 mars 2015,
L’audit externe du fichier électoral, du 24 mars au 12 avril
À ce jour, l’opinion n’a aucune information sur ces deux opérations.
Et l’enrôlement ? Rien.
Que projette la CENI ?
Du 12 juillet au 9 septembre, la CENI prévoit l’impression des listes électorales. Quelles listes électorales ? Celles héritées du pasteur Ngoyi Mulunda de triste mémoire !
Pourtant, dans l’exposé des motifs de l’actuelle loi électorale il est dit :
« La présente loi vise, ainsi, à répondre aux problèmes pratiques constatés lors des scrutins antérieurs en améliorant la loi n° 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales, telle que modifiée par la loi n° 11/003 du 25 juin 2011, par des règles qui n’y figurent pas ou qui y sont insuffisamment explicitées. Elle poursuit spécifiquement les objectifs suivants :
1. organiser l’enregistrement permanent des électeurs en lieu et place de l’enregistrement périodique ;
2. Rendre le processus électoral plus transparent, de l’inscription sur les listes électorales à la proclamation des résultats, en passant par les opérations de vote, de dépouillement et de compilation ; »
Faut-il rappeler que dans l’ordre même de la loi électorale congolaise actuelle, l’identification et l’enrôlement des électeurs, vient avant ? Un hasard ou un processus logique ?
La CENI de Malu Malu n’a procédé à aucune inscription sur les listes électorales, et elle ne le veut pas. Elle aurait dû enregistrer d’une façon permanente les électeurs. Elle ne l’a pas fait. Elle a failli à sa mission.
Ainsi, au lieu de s’entêter à poursuivre un processus bancal, la CENI doit d’urgence s’arrêter et rectifier le tir, au lieu de lancer à toute vitesse un train qui va droit dans le mur.
Vouloir organiser les élections en excluant entre 60 et 80% de la population, en méprisant ses propres textes de loi, organiser une véritable parodie électorale,c’est chercher à bouter le feu au pays. Et sera brûlé le premier, pas nécessairement celui à qui l'on pense, l'incendiaire pouvant être victime de son propre feu.
Car, personne ne peut prévoir ce que pourrait être l’attitude et la réaction de tous ces millions d’exclus. Ils avaient été dans la rue entre le 19 et le 21 janvier 2015 à propos du processus électoral et ils ont sûrement pris goût à ce genre d’expression... Pour leurs elections.
« Oyo azali na matoyi ya koyoka… »
À bon entendeur…
Bruxelles, le 23 avril 2014
Cheik FITA
Photo: scène de colère de la population à Kinshasa le 19.01.2015