La supra-organisation belge « E-CA-CRE-AC » a ouvert la première de ses deux journées de conférence inaugurale ce jeudi 21 février
2008 dans le prestigieux cadre du Palais d’Egmond, 8, place du petit sablon dans la commune de 1000 Bruxelles.
Dès l’arrivée sur les lieux, on pouvait remarquer une présence discrète de la police : une fourgonnette et un véhicule banalisé garé non loin du grand portail.
Une fois dans le petit hall un service d’accueil avec liste imprimée de ceux qui avaient réservé.
Quelques congolaises à qui on refusait l’entrée me lancent comme mot de bienvenue : « On parle du Congo sans les Congolais, les blancs entrent, les Congolais restent dehors… » En
effet, devant moi, mon confrère Cornélis Landu du Signal tente d’expliquer au service d’accueil, carte de presse à l’appui qu’il est journaliste congolais et que …Fin de non-recevoir.
Après avoir traversé la grande cour puis un couloir puis une autre cour et longé un bâtiment, nous accédons au hall de la grande salle de conférence. Des panneaux fléchés balisent le parcours Au
pied des escaliers des hôtesses qui remettent des macarons et une belle farde chemise imprimée avec le logo et l’adresse de la méga-structure. À l’intérieur, les documents de travail
nécessaires : programme, annonces…
La grande salle de conférence avec traduction simultanée est véritablement prise d’assaut. Toutes les places autour de la table ovale sont occupées. Les rangées qui sont derrières également.
À 9h35, Herman de Croo, ancien président du sénat belge et Président des journées ouvre la séance en français et néerlandais. Le Premier Ministre Guy Verhofstadt ne pourra pas être là pour le mot
d’ouverture, retenu par les travaux de préparation du budget.
Lui succèdent au micro, Théodore Trefon, directeur de « E-CA-CRE-AC », le Ministre fédéral belge Charles Michel qui prononce le mot d’ouverture
au nom de son gouvernement, Jean-Pierre MUTAMBA ambassadeur de la RD Congo « Au nom du Chef de l’Etat » Dans son credo : Un plan Marshall pour le Congo. A l’entrée de la salle de
conférences, sur l’étalage d’autres livres et publications sur le Congo, soutenu par de grandes affiches publicitaires, « Le défi » un livre bi-lingue du diplomate congolais est
bien visible !
Commencent alors la succession des conférenciers et des modérateurs. Deux pauses café et deux pauses « walking-lunch » bien arrosés de vin.
Conséquences, quelques-uns uns d’entre nous piqueront par moments de petits sommes, généreusement retransmis par les écrans géants installés dans la salle bleue, où étaient
« parqués » ceux qui n’avaient pu accéder à la grande salle.
QUEL EST L’ETAT DU CONGO AUJOURD’HUI ?
Plus d’un an après les élections, le constat est unanime : Le pays va mal. Insécurité par ici, députés provinciaux en babouches par-là, processus
électoral non encore achevé, réseau routier quasi-inexistant, « L’état des routes démontre de la déroute de l’Etat » … Bref, la misère gronde, le peuple qui avait cru qu’après les
élections il y aurait des changements dans son vécu déchante. Dans son ingéniosité légendaire, le kinois a inventé une astuce pour survivre : « Le sixième
chantier ! »
Même l’abbé Malu-Malu, qui fut chef d’orchestre de la mise en place de ce qu’on appelle « les nouvelles institutions » y va de ses flèches.
Malgré certains superlatifs en faveur des tenants du pouvoir de Kinshasa, Aldo AJELLO, ancien représentant du Secrétaire général de l’ONU pour le Congo n’a pas la langue de bois. Si l’armée
congolaise est incapable d’assurer la sécurité et l’intégrité du Congo, c’est parce qu’elle est mal payée ou pas payée du tout. Alors que les milliers de « militaires fantômes » eux,
sont payés eux. Sa solution ? Séparer la chaîne de commandement de la chaîne de paie.
Olivier Kamitatu, ministre du plan et le plus gradé des délégués du pouvoir était ainsi bien seul, face à ce tableau sombre de l’état de notre Nation. Au
point que lorsqu’il intervenait, certaines salves d’applaudissements nous faisaient sursauter. Nous n’en avons plus l’habitude par ici : le soutien de quelques membres de la délégation venue
du Congo sans doute.
Le troc dans le cadre de la coopération Chine-Congo est une couleuvre difficile à faire avaler aux congolais et aux nombreux hommes d’affaires belges
présents dans la salle. Le ministre de l’AMP (alliance pour la majorité présidentielle) réplique : « Les Chinois ne construiront que 3.000 kilomètres de routes, le Congo a besoin
de 52.000 kilomètres de routes. Notre coopération est ouverte à tout le monde… » Avec son budget d’à peine trois milliards de dollars (moins que le budget de certaines villes
belges !) Que peut le pouvoir de Kinshasa ?
BELGIQUE : CARTES SUR TABLE
Depuis l’indépendance du Congo, les relations belgo-congolaises ont souvent été en dents de scie. Du temps de Mobutu, le Congo pouvait encore
hausser le ton. Depuis, c’est le profil bas. Plus par désespoir, promesses électoralistes obligent, et même par maladresse diplomatique, que par stratégie politique, le pouvoir de Kinshasa s’est
amouraché des chinois. La Belgique s’est alors rendu compte que bien de marchés congolais pourraient désormais lui échapper. Encore un peu ne taxerait-on pas les dirigeants du Congo
d’ingrats ?
Mais les Belges, sont-ils francs ? Dans la communauté congolaise de l’étranger, l’annonce de cette conférence a énervé plus d’un. Comment les Belges
peuvent-ils s’autoproclamer experts du Congo ? Quel est leur but, n’est-ce pas de tirer un profit économique au Congo ? Avec ou sans les Congolais ? Nous n’étions qu’une trentaine
de noirs dans la salle qui contenait près de 240 personnes. Comment cela peut-il être interprété ?
Deux invités à la conférence n’ont pu venir de Kinshasa : le journaliste Ben Clet Kankonde
du journal Le Potentiel est l’un des deux. Le visa lui ayant été refusé parce qu’il n’a pas de compte en banque au Congo. Mais au
Congo, il n’y a ni banque ni poste, ni … ni… On se souviendra que lors du processus électoral, les bailleurs des fonds avaient refusé qu’il y ait recensement général de la population. Et la
Belgique était de ceux-là. Aujourd’hui, les effets pervers se font sentir.
Pour les élections, les congolais vivant à l’étranger avaient été écarté. Et aujourd’hui, et le pouvoir de Kinshasa, et le pouvoir belge leur font les
yeux doux.
S’il faut une coopération entre la Belgique et le Congo n’est-il pas impérieux d’être à l’écoute les uns des autres ?
Pourquoi cette ruée vers Bruxelles des tenants du pouvoir de Kinshasa ?
Quel est l’agenda belge pour le Congo ?
Que veulent les hommes d’affaires belges ?
Qu’attend la population du Congo ?
Que veulent les Congolais vivant à l’étranger ?
Si la conférence de l’ « E-CA-CRE-AC » a permis un semblant de rencontre entre différents protagonistes, ne sied-t-il pas de mettre toutes les
cartes sur tables, de tracer un cadre bien précis d’une nouvelle coopération entre le Congo et la Belgique.
À ce stade, chacun dit ce qu’il veut, écoute ce qu’il veut entendre de l’autre, ne retient que ce qui l’intéresse. Un véritable dialogue de sourd. Dans
l’entre temps, des millions des congolais broient du noir, vivent au troisième millénaire dans des conditions antédiluviennes sur un sol qui procurent joie et bonheur à d’autres.
Le moment pour que tout cela change, n’est-il pas venu ?
Cheik FITA
Bruxelles, le 22 février 2008