
En présence du Prince Philippe,
le CRE-AC a clôturé ce vendredi 22 février 2008 ses deux jours de conférence sur l’état, la paix, l’économie et le bien-être au Congo par la lecture du rapport général, lecture faite par
monsieur Théodore Tréfon son directeur. Il est de bon ton de rappeler que le modérateur de cette journée aurait pu être notre confrère Ben-Clet Kankonde Dambu du journal Le Potentiel de Kinshasa.
Toutes les invitations, tous les programmes avaient été diffusés avec son nom.
Pour des raisons propres à l’arsenal juridique belge en matière d’octroi de visa, Ben-Clet n’a pu être des nôtres. Le résultat d’une certaine « expertise sur le Congo» sans doute.
Plus tôt dans la journée, deux communications ont été faites: l’une à caractère économique par Albert YUMA de la FEC, fédération des entrepreneurs du Congo et l’autre axée sur le
développement avec une attention particulière à la dette, par Arnaud Zacharie du CNCD.
Comme la veille, dans le secteur de l’économie, le Congo fait piètre figure. Malgré les légendaires potentiels naturels.
Des communications comme des interventions, un certain nombre de données ont transpiré. C’est que les temps ont changé. Ceux qui gagnent des milliards aujourd’hui sont dans des secteurs comme les
nouvelles techniques de l’information ou la transformation. Pendant ce temps ? Notre pays en est encore à l’économie de rente en comptant sur l’exploitation forestière ou l’exploitation
des mines comme dans le cas des fameux contrats avec les Chinois.
Circonstance aggravante, ce qui devrait servir d’Etat apparaît comme le principal obstacle au décollage économique : tracasseries administratives, multiplicité de services aux frontières,
barrières militaires sur les grands axes routières, sans compter la corruption qui gangrène tout l’appareil de l’Etat.
De l’aveu d’Oliver Kamitatu, le Congo est dans le peloton de queue si pas bon dernier selon l’indicateur « doing business .»
Face à tout ce tableau sombre, le ministre congolais du plan n’a pu exprimer que des vœux…Pieux ? Un chapelet !
« Nous allons travailler aux propositions… »
« Nous allons accélérer le désengagement de l’Etat dans le secteur public… »
« Nous allons améliorer ce qui existe… »
« Nous nous attelons à la mobilisation de nos ressources propres… »
« Nous ne pouvons pas tout faire en même temps… »
La dernière passe d’armes aura été la réplique d’Olivier Kamitatu après l’adresse de Louis Michel, Commissaire européen.
Durant une demi-heure, l’homme d’Etat belge a donné sa perception et sa vision du Congo : sa propre passion pour le pays, la contribution de la Belgique et de la communauté internationale
dans le très long et difficile processus démocratique du Congo, les défis énormes ainsi que les moments difficiles traversés par le pays : les deux guerres et ses spirales de déchéance…
La page du passé tournée, Louis Michel donnera sa lecture du visage que présente l’actuel pouvoir de Kinshasa :
- il faut consolider les acquis du processus électoral
- l’opposition doit avoir un espace d’expression
- la souplesse est un devoir d’une majorité numérique
- la valeur d’une démocratie se mesure à la place qu’elle accorde à l’opposition
- entre partenaires, on doit se dire même les choses qui ne font pas plaisir
- la nécessité de relations normalisées avec les pays voisins
- « Quand ça se passe bien au Congo, ça se passe bien dans le voisinage »
- Il faut consolider l’Etat par la réconciliation et le dialogue
- De grandes réformes doivent s’opérer dans le secteur de la sécurité, de l’armée, de la
politique, des droits de l’homme, de l’administration, de la fonction publique, des finances, des ressources naturelles, des mines, des forêts, de la décentralisation, du climat des
investissements
- Etc.… etc. !
Sans chercher à contredire son prédécesseur, le ministre congolais du plan rappellera néanmoins les différentes pesanteurs qui plombent un éventuel décollage du Congo piloté par son gouvernement
tout en relevant aussi quelques-unes de leurs prouesses :
- le fort taux de mortalité
- l’ampleur de la malnutrition
- le champ du paludisme
- les violences sexuelles
- le million de déplacés
- les centaines de milliers de réfugiés
- Moralité ? « Il n’y a pas de voile de fatalité », nous avons « L’optimisme
de la volonté »
- Le processus électoral a été un processus exemplaire
- Sur les 63.000.000 de congolais, 25 millions s’étaient déplacés pour voter
- L’opposition s’exprime librement… mais les nostalgiques ne manquent pas.
- Des réformes économiques sont entreprises depuis 2001.
- Le code minier, le code forestier, la croissance économique est positive,
- En matière de fiscalité, on passera progressivement de la CCA à la TVA.
De la Belgique, le ministre congolais attend un plaidoyer pour le renforcement des capacités de l’Etat et que le CRE-AC soit une coupole d’expertise technique, de cœur et d’engagement.
LES ETATS N’ONT QUE DES INTERETS
Sentimentaux et émotifs, il nous arrive souvent à nous les Africains de ne pas être suffisamment attentifs à ce qui motive les hommes politiques occidentaux. Nous croyons facilement être devenus
amis de tel ou tel homme politique européen. Le jour où le ton change, nous sommes déboussolés. Et chez nous, souvent des adversaires politiques deviennent des ennemis. Par effet d’entraînement,
certains arrivent à s’entretuer pour des enjeux politiques. Pire, des tribus se rangent alors chacune derrière le fils du clan…et c’est des rancunes séculaires.
En Europe, des adversaires d’hier font alliance facilement. Pas plus tard que cette semaine, au Pakistan, les deux partis de l’opposition qui sont sortis vainqueurs vont coaliser pour gouverner.
Pourtant, dans le passé…
L’Union européenne et la Belgique ont porté du bout de bras ce qui sert de pouvoir au Congo aujourd’hui. Pour quelle finalité ?
Quelle est la nouvelle donne politique congolaise ?
La politique étant dynamique, depuis les dernières élections, le discours du belge Louis Michel est-il innocent ? Ets-il le même qu’en fin 2006 ?
La Belgique et l’Union européenne trouvent-elles leurs comptes dans la direction politique actuelle de Kinshasa ? Si la Belgique et les Européens se sentent floués, qu’est-ce qui les
empêcherait de chercher d’autres partenaires ? Peuvent-ils pousser leur logique jusqu’à faire partir le système qui règne actuellement à Kinshasa ?
Pour mettre quoi à la place ? C’est là que ceux qui se considèrent comme opposants doivent faire preuve de pragmatisme et de vision politique.
C’est à eux de voir s’ils peuvent constituer une alternative à la direction politique actuelle de Kinshasa : un assemblage hétéroclite dépourvu d’un idéal commun, susceptible de volet en
éclat à la moindre bourrasque. Connaissant le politicien congolais, bon nombre de caciques de l’AMP ne seront-ils pas près à quitter le bateau corps et bien dès que le vent tourne ? Il
n’est qu’à voir leurs parcours respectifs faits de reniements, de retournement de vestes, de volte-face et d’opportunismes incessants.
Les propos de Louis Michel ne sont-ils pas un appel de pied ?
La véritable opposition pourrait-elle prendre langue avec l’Union européenne et la Belgique pour se proposer en alternative crédible?
Depuis son avènement, quels genres de signaux le pouvoir de Kinshasa a-t-il lancé vis-à-vis de l’opposition, bons, mauvais ?
« Quand un diplomate d’une femme qu’elle ne manque pas de charmes, ce qu’elle n’a pas de charme du tout. »
Cheik FITA
Bruxelles, le 25 février 2008