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Info en ligne des Congolais de Belgique

DOCUMENT : LETTRE OUVERTE AU SECRETAIRE GENERAL DE L'ONU


Il y a deux ans, le Congo notre pays était en plein processus électoral. Des pays étrangers et différentes institutions internationales s'étaient ligué pour imposer au Congo "leur vision".
Nos écrits avaient été taxés de tous les noms. C'est à peine si l'on en tenait compte.
Aujourd'hui, deux ans après, il est intéressant que nos pourfendeurs relisent nos écrits d'alors.
Ci-dessous, cette lettre adressée au Secrétaire Général de l'ONU d'alors.

Cheik FITA 

 


Lettre ouverte à Monsieur KOFI ANNAN

Concerne : votre message au Peuple Congolais

Cheik FITA

« Seule la vérité libère »

« Ce n'est pas en nous voilant les yeux que la montagne qui est
devant nous disparaît.»

Monsieur le Secrétaire Général,
Le 18 Septembre 1961, un de vos prédécesseurs, Monsieur Dag
Hammarskjöld mourut dans un accident d'avion alors qu'il effectuait
une mission de paix pour le Congo notre pays.
En décidant d'effectuer une mission analogue, ce souvenir vous est
sûrement revenu à l'esprit.
En tant que numéro un de la plus grande institution du monde, le
souhait de tout congolais en ce moment, est que votre mission aille à
son terme et dans de bonnes conditions.
Moins qu'une mort physique, c'est plutôt une mort politique qui nous
inquiète. C'est-à-dire l'incapacité éventuelle de ramener enfin
l'Etat de droit, la paix et la concorde en RD Congo.
Et pour éviter cette « mort », ne sied-il pas que le message que vous
adresserez au Peuple congolais soit un message de vérité et d'espoir.
En sera-t-il ainsi ?

« On ne peut tromper tout un peuple tout le temps ».

DU PEUPLE CONGOLAIS
Le Peuple congolais a vécu toutes sortes de souffrances et
d'humiliations, de trahison. Il a assisté ébahi à un pillage sans
pareil des richesses naturelles que ses ancêtres lui ont léguées. Il
a longtemps été dirigé par des personnes qu'il ne s'est jamais
choisies. Même les textes qui doivent régir son avenir, ne sont-ils
pas toujours imposés de l'extérieur ? L'heure de vérité, de toute la
vérité, n'a-t-elle pas enfin sonné ?

Le Peuple congolais aujourd'hui et auquel vous vous adresserez c'est :
Près de 60.000.000 d'âmes.

- une grande partie vivant dans le dénuement le plus total
- des personnes du troisième âge à l'abandon
- des femmes qui ploient sous les travaux de toutes sortes afin
d'assurer la survie de la famille
- des fonctionnaires impayés
- des enseignants indigents
- des militaires négligés et sous-payés
- des étudiants qui n'ont jamais su qu'ils pouvaient avoir une
bourse de leur Etat
- une jeunesse aux abois
- une enfance qui n'a d'issue que la rue

FRACTURE POLITIQUE
Le peuple congolais aujourd'hui, comment se présente-t-il
politiquement ?

1. LE POUVOIR EN PLACE

À la tête de ce pays aux dimensions d'un continent, une clique
d'individus, quelques centaines et des milliers de courtisans, qui
s'accaparent de tout, qui ont mis en coupe réglée tout le pays, avec
comme projet politique, le pouvoir pour le pouvoir, s'y cramponner
pour des profits personnels.

2. L'OPPOSITION

La vraie opposition muselée, martyrisée, victime d'exclusion.

3. LA SOCIETE CIVILE AU PAYS

Ayant durant longtemps pallié à l'absence de l'Etat, la société
civile est plus que jamais déterminée à promouvoir une nouvelle
classe de dirigeants.

4. LES ASSOCIATIONS ET GROUPES DE PRESSION DES CONGOLAIS VIVANT
A L'ETRANGER
Ils ont compris que les parrains des maux du Congo sont en Europe et
en Amérique. Bien de complots contre notre pays s'élaborent à
l'extérieur. Or, l'opinion publique des pays occidentaux est
désormais à leur portée. Il leur est désormais possible de couper le
cordon ombilical du mal. « Quand on tousse à Bruxelles, il y a
tremblement de terre à Kinshasa ».

VEILLEE D'ARMES
Aujourd'hui le peuple congolais est à la veille des élections
générales. Le laissera-t-on libre de choisir, de s'autodéterminer,
comme c'est le cas pour tous les peuples du monde, ou sommes-nous à
la veille d'un nième hold-up contre la souveraineté du Peuple ?
Vous avez un grand défi à relever. Et le plus urgent est celui de
l'interprétation et de l'application du calendrier électoral publié
dernièrement par la CEI, commission électorale indépendante. Les
conséquences et les non-dits de ce calendrier sont multiples.

I. RAPPEL
A. LA PLACE DU PEUPLE
En 1996, quand les services secrets de certains pays ont eu la
certitude que Mobutu allait bientôt être emporté par la maladie, de
l'extérieur, un plan avait été mis en place pour le Congo. Au lieu de
soutenir le processus démocratique qui était presque à terme,
certains pays ont cru bon d'imposer au Congo un pouvoir venant de
l'extérieur.
En 1997 quand le nouveau maître de Kinshasa s'est frotté aux réalités
de la praxis politique, la nécessité d'un consensus national s'est
progressivement imposée comme incontournable. Malheureusement, les
membres de l'alliance qui s'été accaparé du pouvoir, avaient des
agendas différents. L'alliance a volé en éclat.
En 1998, une nouvelle tentative d'imposition d'un pouvoir venant de
l'extérieur s'est mise en marche. Faute de l'appui du peuple, cette
tentative a échoué.
Vint l'élimination de Laurent Désiré KABILA, toujours commanditée de
l'extérieur. Obtenir par des manœuvres politiques ce qu'on n'avait pu
obtenir par le canon : confisquer au peuple congolais sa souveraineté.
S'en sont suivis des arrangements auxquels le peuple n'a pas été
associé.
Aujourd'hui, dix ans après, ce schéma de l'extérieur n'a-t-il pas
montré ses limites ? N'est-il pas un gâchis ? Des millions de morts
et des déplacés, une pauvreté accrue, le désespoir dans la
population...
Conscients qu'en ce troisième millénaire, il n'était pas pensable de
maintenir indéfiniment un pouvoir dépourvu de légitimité, qu'avaient
fait les ex-belligérants pour appâter le Peuple ? Dans leurs propres
accords, ils avaient prévu de mettre un terme à leur pouvoir post-
négociations par les élections.

LE RENDEZ-VOUS MANQUE DU 30 JUIN 2005
Dans l'entendement du peuple, le 30 juin 2005 ne devait-il pas
marquer la fin de la transition du « 1+4 ».? Y avait-il eu manœuvres
politiques ou pas dans la prolongation de la transition ? Le peuple
souverain avait-il été mis devant le fait accompli ou pas ? Car, il y
eut quand même du sang versé. Fortuitement ?
Si la prolongation a pu quand même être tolérée, n'étai-ce pas pour
une seule et unique chose : l'organisation des élections ?
Si une bonne partie du peuple souverain s'est rendu aux urnes pour
le référendum constitutionnel, n'était-ce pas pour exprimer sa
volonté de l'avènement d'institutions et animateurs issus des urnes ?
Autrement dit, le 30 juin 2006 ne devrait-il pas être la date de la
disparition définitive du « 1+4 » ?
Existe-t-il un texte juridique qui permette la survivance après le
30 juin 2006 de lambeaux aussi petits soient-ils, du « 1+4 » ?
Après le 30 juin 2006, n'y aura-t-il plus qu'une seule constitution :
la nouvelle ? Et les manettes de cette constitution pourraient-
elles être manipulées par des mains autres que celles d'un
PRESIDENT ELU ?

Le 1er juillet 2006, s'il n'y a pas un président élu, le Congo se
retrouvera-t-il dans un vide juridique oui ou non ?

II. DU CONTENU DU CALENDRIER ELECTORAL PUBLIE PAR LA CEI

La CEI, commission électorale indépendante a publié un calendrier
électoral. Est-il complet ? Est-il conforme aux dispositions
constitutionnelles ? Ce calendrier est-il conforme aux différentes
lois régissant le processus électoral ? N'est-il pas bancal ?
Examinons cela ensemble.

a) La CEI annonce l'organisation des élections présidentielle et
législatives en omettant de signaler la date des élections locales,
municipales, urbaines et provinciales.
b) La CEI signale la date de dépôt des candidatures pour les
élections provinciales sans mentionner la date d'organisation de ce
scrutin.
c) La CEI ne signale pas la date de publication des résultats
des élections législatives.
d) La CEI ne signale pas la date d'entrée en fonction des
institutions et animateurs issus des urnes.
e) Pour sa dissolution définitive, la CEI ne signale pas la date
du dépôt de son rapport devant le nouveau parlement élu.
f) Au delà du 30 juin 2006, la CEI programme un certain nombres
d'activités :

- la publication des résultats provisoires du premier tour de
l'élection présidentielle
- la résolution du contentieux à la cour suprême
- la proclamation des résultats définitifs du 1er tour de
l'élection présidentielle.
- La proclamation des résultats provisoires des élections
législatives
À ce moment-là, la CEI aura-t-elle toujours qualité pour cela ?

g) La CEI prévoit de commencer les élections par les
présidentielles alors que la logique la plus élémentaire conseille de
commencer par les locales, à la base. Innocemment ?

EQUATIONS
De ce qui précède, plusieurs équations se posent. Dans votre message
au peuple congolais, il vous reviendra d'y apporter des réponses
claires et précises, sans ambiguïté. Le pourrez-vous ?

1) FETE DU 30 JUIN
Le 30 juin 2006 doit être une journée de fête pour tous les
congolais. Et cette fête doit être présidée par un président élu,
avec à ses cotés les nouveaux parlementaires. En sera-t-il ainsi ?

2) LA CEI :
- Pourra-t-elle ne s'en tenir qu'à l'esprit et à la lettre de
différents textes qui la régissent ?
- Pourra-t-elle s'émanciper du diktat du pouvoir en place ainsi
que de certains opérateurs politiques étrangers ?

3) DU NECESSAIRE CONSENSUS
Si d'aventure comme il appert désormais, des opérations électorales
devront avoir lieu au delà du 30 juin, un large consensus de
différentes forces politiques et sociales n'est-il pas nécessaire ?

4) VIDE JURIDIQUE OU SAUT DANS L'INCONNU ?
Prolongation d'une seconde ou de six mois. S'il faut déborder au delà
du 30 juin 2006 pour une ou deux opérations à la va-vite au risque de
susciter la colère de la population, de créer une cassure de la
société congolaise, pourquoi ne pas planifier convenablement une
rallonge de trois à six mois avec le consentement de tous, et réussir
l'atterrissage du processus électoral ?

5) JUSQU'AUBOUTISME DU POUVOIR EN PLACE
Le pouvoir en place pourra-t-il s'abstenir de toute manœuvre
tendant à usurper au peuple son pouvoir?

6) DEPUTES ET SENATEURS
Les députés et sénateurs pourront-ils décliner la convocation d'une
éventuelle session ordinaire d'avril, celle-ci coïncidant avec les
différentes campagnes électorales. Car, devant s'inscrire, pour les
prochaines échéances électorales et prouver ainsi que malgré leur
mandat sui generis, ils ont travaillé dans l'intérêt du peuple ?

7) La MONUC
Pourra-t-elle sécuriser d'avantage les zones fragiles de l'Est afin
que les élections aient lieu dans la quiétude. Après autant d'années
de présence au Congo, et des milliards dépensés pour elle ?

8) ENFIN VOUS-MEME, MONSIEUR LE SECRETAIRE GENERAL,
- Pourrez-vous obtenir de différents hommes politiques du Congo
un engagement à respecter les accords librement signés entre eux, et
surtout à s'incliner devant la volonté souveraine du peuple, telle
qu'elle s'exprimera à travers les urnes.
- Pratiquerez-vous la langue de bois ? Serez-vous contraint à
des discours diplomatiques afin d'éviter de frustrer certaines
susceptibilités ? serez-vous tenté d'hypothéquer l'avenir de
60.000.000 de congolais par crainte de l'humeur de quelques
personnes, ou à cause des ambitions démesurées d'autres ?

9) DE L'ENVOI PAR L'UNION EUROPENNE D'UNITES DE SECURISATION DU
PROCESSUS ELECTORAL.
S'il est important de sécuriser militairement le processus électoral
en RD CONGO, cela ne serait-il pas contre des velléités de ceux qui
disposent de forces armées à savoir : les différents ex-belligérants
partageant actuellement le pouvoir, certains pays frontaliers de
l'Est ?
Dès lors, n'est-il pas, hors de question qu'un éventuel contingent
armé européen serve à brimer le peuple congolais au cas où il se
soulèverait contre une tricherie électorale ? En pareille
circonstance, ne siéra-t-il pas de recourir à des forces de police ?
Dans tous les cas, le peuple n'est pas armé. Quel sera votre message
au peuple Congolais à ce sujet ?

Monsieur le Secrétaire Général, vous avez, braqués sur vous, les yeux
de 60.000.000 de congolais, vous avez devant vous une page blanche de
l'histoire du Congo. Qu'en ferez-vous ? Qu'en diront les lecteurs des
générations futures ? Les cartes sont entre vos mains.

Cheik FITA
Dramaturge et Metteur en Scène Congolais

Bruxelles, le 15 mars 2006

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