Le 2 octobre 2010, le pouvoir judiciaire de la RD Congo annonçait la mort du bruxellois congolais Armand Tungulu, en avançant des raisons farfelues comme cause de
décès. L’évènement causa une onde de choc terrible dans la diaspora congolaise. Arrêté et torturé par la garde présidentielle, pour avoir lancé des pierres sur le cortège présidentiel, Armand
Tungulu ne fut plus jamais vu par un membre de sa famille.
Jusqu’à ce jour, sa femme et ses enfants attendent toujours d’avoir accès au corps.
Un an après, sa famille, ses amis et les combattants congolais ont voulu se souvenir de cette triste disparition.
Le samedi 1er octobre 2011, ils étaient venus de plusieurs pays européens pour une marche du souvenir et une
messe en mémoire d’Armand Tungulu.
La marche débute peu après quinze heures à partir de la Porte de Namur. En tête, Mama Philo la veuve et ses deux orphelines.
Un déploiement impressionnant de la police surveille tout cela. Des chants en l’honneur d’Armand Tungulu sont entonnés. Par moment aussi quelques refrains contre
le régime de Kinshasa.
À un coin de l’avenue Marie de Bourgogne où se situe l’ambassade de la RD Congo, les manifestants s’arrêtent pour une minute de silence et des chants.
La marche se poursuivra sans incidents jusqu’au Rond-Point Schuman en face de la commission européenne, point de chute.
Les organisateurs remercient alors tous les manifestants et les invitent à rejoindre ceux qui étaient à l’église pour le culte religieux.
LYNCHAGE EVITE
Deux personnes ont failli être lynchées. Pourquoi? Comment?
La plupart des personnes qui viennent aux marches des congolais sont généralement très nerveuses et très révoltées à la pensée non seulement de la façon dont
Armand avait été torturé puis assassiné, mais aussi à la pensée de la déglingue générale du pays suite à la mauvaise gouvernance, la corruption, le vol, les viols et suprême humiliation, la
mainmise des étrangers sur les leviers de l’état.
Alors que les manifestants échangeaient, peu pressés de se disperser, des éclats de voix à cinquante mètres de l’église, puis une dispute et quelqu ’ un qui
reçoit des coups. Il décampe. Poursuivi, il va se réfugier dans un bistrot non loin delà, sous protection policière.
Un deuxième incident survient juste après. Une dame filme les manifestants. Des voix lui demandent d’arrêter. Elle continue, sourde à tout. Des manifestants se
ruent vers elle. Très agile, elle détale à cent à l’heure comme une gazelle et va s’engouffrer dans un fourgon de la police. Pour protéger la malheureuse, un policier dégoupille rapidement une
bombe lacrymogène et asperge les poursuivants qui détalent à leur tour.
Informations prises, la dame était une agent de la police en civil.
Elle avait sûrement était prise pour une de ces personnes qui régulièrement prennent des images des manifestants congolais afin de les envoyer à la police
politique de Kinshasa.
Comme quoi, si l’habit ne fait pas le moine, on reconnaît le moine par son habit… Et le policier par sa tenue!
En soirée, un repas payant sera organisé. Et les bénéfices, au profit de la veuve et des orphelins d’Armand Tungulu.
Cheik FITA
Bruxelles, le 2 octobre 2011