Plusieurs médias ont annoncé la chute d'obus dans la ville de Goma, le jeudi 22 août 2013. Et on pouvait lire ceci sur le
site de RFI, Radio France Internationale:
"Des combats ont lieu depuis une semaine entre les forces congolaises et le M23, dans les environs de Goma, dans l’est de
la République démocratique du Congo. Ce jeudi, la ville de Goma a été touchée par des obus, dont certains auraient été tirés du territoire rwandais, qui ont tué au moins quatre personnes et
blessé douze autres, selon un bilan provisoire. Le gouverneur du Nord-Kivu demande une intervention directe de la Monusco, la force des Nations unies déployée dans la région."
Quand on y prête attention, on se rendra compte que c'est depuis octobre 1996 que la population de Goma vit sous le bruit
des bottes et le crépitement des armes, à part quelques courtes trêves.
Que faut-il pour que la paix revienne enfin et pour longtemps dans cette partie de la république?
Si au plan extérieur, le Rwanda de Kagame est responsable des guerres à répétitions à l'est de la RD Congo, par ses
visées hégémoniques et sa propension au pillage des ressources congolaises, au niveau national on observe une certaine agitation politique, claironnée par les médias officiels congolais.
Cela serait-il la solution?
Non.
C'est de notoriété publique et limpide comme l'eau de roche, au niveau congolais, le mal a un nom: l'aventurisme, l'imposture
et l'incompétence au sommet de l'état. A ces trois gangrènes, une quatrième est venue s'y greffer: l'illégitimité suite au hold-up électoral du 28 novembre 2011.
La république est sous la botte d'animateurs dans lesquels le peuple ne se reconnaît pas: de la base au sommet.
Nous l'avons dit et redit depuis des années: le pouvoir du peuple a été confisqué par une clique d'individus.
Illustration:
- Plus d'un quart de siècle sans des élus locaux. Les dernières élections communales avaient eu lieu sous Mobutu, en
1986!
- Des députés provinciaux sans légitimité car ayant épuisé leurs mandats
- Des gouverneurs sans légitimité car issus de parlements provinciaux eux-mêmes sans légitimité.
- Des sénateurs sans légitimité car issus aussi de parlements provinciaux qui auraient dû déjà disparaître. Lors de son
dernier passage au sénat belge, nous avions interviewé monsieur Kengo à ce sujet, il l'avait reconnu: voir la vidéo : http://youtu.be/1_LtToVEKrg )
- Des députés issus d'un suffrage frauduleux.
- Un gouvernement issu d'un parlement engendré par un hold-up électoral.
- Un président sortant qui se maintient suite au bourrage des urnes, grâce à une commission électorale complaisante, et
après avoir tripatouillé la constitution.
Avec des animateurs dans lesquels le peuple se reconnaîtrait, la guerre à l'est aurait-elle pris fin? Oui.
Le peuple étant la plus grande armée d'une nation, plus la population se reconnaîtra en ses dirigeants, plus elle collaborera
avec eux dans tous les domaines: sécurité, renseignement, initiatives, production économique...
A contrario, moins le peuple se reconnaîtra en ses dirigeants, plus ceux-ci auront du mal à piloter ce grand navire qu'est
une nation.
Au jour d'aujourd'hui, ce qui nourrit la guerre à l'est de la RD Congo, c'est l'absence de légitimité à la tête du pays,
doublée d'une désarticulation totale de l'appareil de l'Etat.
Et toutes les agitations qu'on observe ici et là pour soit-disant obtenir une certaine "cohésion" de la nation ne sont qu'une
fuite en avant.
Un mal se combat à la racine. La racine du naufrage de l'état congolais a un nom : l'illégitimité. Illégitimité s'entendant
par -des individus qui parlent et décident au nom des autres sans en avoir mandat, des individus engageant le présent et l'avenir de millions de Congolais-. Les uns, par cupidité, pour leurs
petits intérêts, pour leurs positionnements pour leur survie, les autres, dans la hantise et la peur de ce qui leur adviendrait une fois hors du "pouvoir."
C'est de ceci dont sont victimes nos compatriotes de l'Est de la RD Congo et de Goma en particulier.
Est-ce humain de se servir de cette tragédie pour s'enrichir et se cramponner au pouvoir?
Bruxelles, le 23 août 2013
Cheik FITA