Info en ligne des Congolais de Belgique
Bruxelles 14 novembre 2010. Photo Cheikfitanews.
Lors d’une interview à la RFI, Radio France Internationale, monsieur Étienne Tshisekedi a tenu des propos qui ont hérissé les cheveux de plus d’une personne.
Ces derniers jours, notre consœur Marie France Cros de la Libre Belgique a eu droit à une volée de bois vert de la part de plusieurs internautes congolais. Dans un article récent faisant entre autre suite à cet interview, la journaliste a sous-entendu une victoire de Joseph Kabila en novembre !
… Après avoir au préalable traité Tshisekedi de septuagénaire, vieil homme, vieux de la vieille, « lider maximo »
Extrait :
« Népotisme et tribalisme l’ont peu à peu resserrée sur une base essentiellement kasaïenne, région natale de Tshisekedi, et surtout de sa tribu, les Lubas. Trompé par la foule immense de Kinois - parmi lesquels figurent nombre d’habitants d’origine luba - venue l’accueillir à l’aéroport »
Et Alors, Tshisekedi ? Pourquoi pas Tshisekedi ?
Le concerné a donné lui-même la réponse, lors d’une conférence de presse le dimanche 20 février 2011 à Kinshasa.
Voir plus bas, le texte lu par Tshisekedi, et transmis à la presse.
Le document a l’avantage d’être écrit et signé, clarifiant ainsi certaines zones d’ombre consécutives à une interview orale, dans laquelle l’environnement général n’est pas toujours pris en compte.
Dans la même journée, Tshisekedi avait reçu Vital Kamerhe, le tout nouvel opposant congolais, grand artisan de la victoire de Joseph Kabila en 2006, et occupé à récupérer méthodiquement l’électorat jadis embarqué dans le bateau PPRD, surtout à l’est de la RD Congo.
La RD Congo va élire cette année un nouveau Président de la république. Il y a déjà un candidat: Joseph Kabila, le Président sortant qui voudrait rempiler.
La RD Congo notre pays est un enjeu mondial. Son Leadership ne peut laisser indifférent. Depuis la fin du dix-neuvième siècle, plusieurs pays du monde et plusieurs individus se sont enrichis sur son dos… Sauf les congolais. Cela doit-il continuer ?
Pour compliquer les choses, certains de nos compatriotes, une fois dans les rouages du pouvoir, enivrés par l’enrichissement facile, soutiennent bec et ongles le système en place : même s’il a failli ! Pourvu qu’eux y trouvent leur compte. Cela doit-il continuer ?
2011 est une année électorale. Election sous-entend choix.
Vous étiez au pouvoir ? Vous voulez y rester ? Présentez votre bilan à l’électeur.
Vous étiez dans l’opposition ? Vous voulez accéder au pouvoir ? Donnez les failles de ceux que vous voulez remplacer, présentez votre programme !
Pour cela, des élections sont organisées.
Du temps du parti-état, nous avions le choix entre Mobutu et Mobutu.
Le régime congolais actuel nous mène-t-il vers un choix entre Kabila et une autre personne, ou vers un choix entre Kabila et Kabila ?
Quels signaux émet-il ?
Du respect des règles des jeux que sont la constitution et les différentes lois dont la loi électorale ?
De la mise en place d’une commission électorale réellement indépendante ?
De l’accès de tous les partis aux médias nationaux, financés par l’argent de nous tous ?
De la liberté de rassemblement ?
De l’inclusion de tous pour la compétition électorale, ou de la tendance à l’exclusion de certains, à qui on chercherait des poux ?
Et ceux qui tirent profit de l’exploitation éhonté de notre pays, vers quels choix veulent-il nous mener ?
Pourquoi pas Tshisekedi ?
Cheik FITA
Bruxelles, le 21 février 2011
DOCUMENT
Conférence de presse d’Étienne Tshisekedi. Limete, 20 février 2011
I.
De l’unité d’actions des forces politiques acquises au changement
1. Comme vous le savez, j’ai consacré une tranche importante de ma vie au combat pour le changement du système de gouvernance dans notre pays. Ce choix m’a valu des humiliations, des tortures,
des emprisonnements, des relégations, des reniements, des trahisons et tant d’autres désagréments.
2. Néanmoins, au prix d’innombrables sacrifices de tout le peuple congolais, la constance de cette lutte déclenchée au début des années quatre-vingts a permis d’arracher le multipartisme intégral
à la fin de la même décennie. Hélas, depuis lors, le processus démocratique n’en finit pas de balbutier.
3. Mais l’heure a sonné de voir, enfin, les choses changer dans ce pays en pleine déliquescence. J’affirme aujourd’hui que le pouvoir est à portée de l’opposition pour une alternance crédible.
Voilà pourquoi le peuple congolais doit bien mesurer les enjeux électoraux à venir.
4. Il convient de rappeler ici, que le 11 décembre, lors de la cérémonie
d’ouverture du Premier Congrès de l’Udps notre parti, j’ai lancé un vibrant appel au regroupement des forces du changement pour une alternative crédible et productive au pouvoir actuel dépourvu
de toute capacité visionnaire ; des partis politiques et des associations y répondent déjà.
5. Conscient qu’ensemble nous réussirons cette œuvre grandiose de transformation de notre société, je réitère encore aujourd’hui cet appel solennel et demande le soutien de toutes les forces du
changement à ma candidature à la magistrature suprême.
6. Cette candidature procède d’une volonté inébranlable d’installer dans ce pays un gouvernement stable politiquement, fiable économiquement et solidaire socialement afin que, débarrassées des
tares de la corruption et autres antivaleurs, les générations présentes et futures puissent, dans un monde interdépendant, intérioriser les notions d’intérêt général, de bien commun et d’amour du
prochain. Voilà le socle d’un programme que nous devrions tous enrichir.
II. De la situation sécuritaire, sociale et du climat des affaires
7. La situation sécuritaire et humanitaire de notre pays est catastrophique. Nous nous insurgeons contre :
- les violences sexuelles récurrentes faites à nos concitoyennes et nos concitoyens sur toute l’étendue du territoire, et particulièrement dans l’Est du pays ;
- le déplacement des
populations congolaises loin de leurs terres ;
- les assassinats ciblés des journalistes et activistes des droits humains;
- la recrudescence des tueries de nos enfants sur les campus universitaires.
8. La situation sociale s’empire de jour en jour. La misère est indescriptible. Les fonctionnaires, les médecins, les enseignants et autres nobles professions sont mal payés, et de façon
irrégulière. Plus grave encore, nos compatriotes agents de l’Etat sont l’objet d’actes humiliants et dégradants de la part de responsables politiques imperméables à la moindre compassion. Nous
avons tous en mémoire la distribution par le pouvoir à des travailleurs d’un poulet pour quatre familles lors des festivités de nouvel an 2011. C’est la manifestation d’une absence totale
d’humanité et de respect envers l’être humain lorsqu’on sait qu’une famille congolaise est composée en moyenne de 5 à 10 personnes.
9. L’emploi est aléatoire, le taux de chômage atteint des proportions inégalées sans que le pouvoir ne s’en émeuve pour rien au monde. L’eau et l’électricité sont devenues des denrées rares, voire des privilèges dans la plupart des contrées. Le système de santé est obsolète et inaccessible pour la majorité de notre peuple. Les maladies jadis éradiquées ont ressurgi.
10. La mauvaise gouvernance, caractérisée par la corruption, l’insécurité juridique et judiciaire, l’asphyxie fiscale, le détournement, l’impunité ainsi que le pillage de nos ressources naturelles, est érigée en mode et système de gestion jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.
11. Par conséquent, nous
entendons mettre un frein à tous ces maux et fléaux qui rongent notre pays par des solutions de solidarisme et de distribution équitable de la richesse nationale.
III. De la libéralisation des médias et des espaces publics
12. En ce qui concerne les médias publics, l’UDPS a toujours lutté pour l’indépendance des médias publics et leurs accès à toutes les tendances politiques. Hélas, nous constatons que les tares de
la Deuxième République et de l’AFDL habitent encore les dirigeants actuels.
13. Nous dénonçons ces dirigeants qui confisquent les médias publics et censurent l’opposition, se distinguant par la propagande et le culte de la personnalité d’une autre époque et organisent
expressément des émissions à caractère injurieux et diffamatoire contre leurs adversaires politiques.
14. Pour ce qui concerne les espaces publics, le pouvoir persiste à jouer avec le feu par des provocations préméditées et répétées. Il y a lieu d’évoquer ici l’interdiction d’accès au Grand Hôtel faite au collectif des partis d’opposition, dont l’UDPS, le dimanche 09 janvier passé alors que les frais y afférents avaient été déjà payés. Deux autres cas récents : - Le refus opposé à l’UDPS de prendre en location l’esplanade de la FIKIN le 15 février ;
- Le volte-face opposé à la Dynamique Tshisekedi Président « DTP » par la même FIKIN le 16 février.
15. Comprenez alors ma contrariété de constater, trente ans après le
déclenchement de la lutte pour la démocratie et l’état de droit, que le pouvoir en place persiste dans sa dérive totalitaire. On empêche l’opposition de s’exprimer librement, on révise la
Constitution de manière cavalière, on tue impunément les citoyens, on s’enrichit scandaleusement sur le dos du peuple congolais…
IV. De l’Organisation et de la sécurisation des élections
16. Pour notre part, nous souhaitons des élections transparentes, inclusives, libres et régulières qui se dérouleront en trois étapes :
• Les opérations préélectorales. Nous sommes en faveurs de l’accès de tous les partis au fichier électoral. A ce sujet, je m’indigne de la lenteur du processus de révision du fichier
électoral.
• Les opérations électorales. Nous recommandons un traitement égal de tous les candidats. Dans le cadre du renouvellement du mandat de la Monusco, nous demandons que la sécurisation des élections
et des candidats fasse l’objet d’une attention particulière.
• Les opérations postélectorales. Dans le cadre du renouvellement du même mandat, nous demandons que la certification des élections soit assurée par la Monusco.
17. Nous reconnaissons à sa juste valeur l’implication responsable de la Communauté internationale dans le processus électoral et l’encourageons à continuer de s’impliquer dans le financement et l’organisation des élections en RDC en veillant, à travers des observateurs de l’Union Européenne, de la Francophonie, de l’Union Africaine, de la SADC, etc., à la transparence et à la régularité du processus électoral.
18. A notre peuple, nous lui demandons d’être très vigilant, de s’assurer et de veiller à ce qu’on ne lui vole pas ses voix au profit de personnes qu’il n’aura jamais choisies.
19. A nos militaires, policiers et agents de l’ordre, nous leur rappelons leur serment devant la nation et les exhortons à jouer pleinement leur rôle républicain.
Fait à Kinshasa, le 20 février 2011.
Etienne TSHISEKEDI WA MULUMBA
PRESIDENT