Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Info en ligne des Congolais de Belgique

DOCUMENT : ASSASSINAT DE LUMUMBA, COMMUNICATION D'A. TSHITUNGU

DSCF0428.JPG


17 janvier 2010 à Ostende
"N’en déplaise aux détracteurs de tout poil, aux historiens patentés et aux manipulateurs zélés, Patrice Lumumba a marqué de son empreinte l’histoire du monde. Le premier ministre Congolais fait figure de météore : sa carrière politique fut brève et haletante, mais combien déterminante dans le combat de son peuple pour la conquête de son indépendance, pour la reconnaissance de sa dignité et l’affirmation de sa liberté inséparable de celle de son identité propre. L’homme est entré dans le panthéon de l’histoire par la grande porte, mais sa geste est demeurée inachevée puisqu’il fut assassiné et sacrifié sur l’autel des intérêts mercantiles et géostratégiques à l’instigation des colonisateurs et leurs alliés soudés dans une croisade funeste et sans faille contre un homme et ses idées dans le mépris le plus absolu des principes de l’équité , de la démocratie et du respect dû aux Congolais. La presse du monde dit libre ne fut pas plus tendre. Elle entretint une démonisation planétaire qui servit de caution morale aux assassins de Lumumba, au prix de contorsions rhétoriques, qui donnent la mesure de la haine et de la volonté d’en finir avec ce nègre qui avait refusé la place d’auxiliaire qu’on lui assignait ad aeternam est, indépendance ou pas. Est-ce par hasard que Patrice Lumumba a été mis à mort sur le sol du Katanga, fief emblématique de l’Union Minière du Haut Katanga, là où précisément il n’avait aucune chance, là où la « souveraine du Katanga » incarnait la loi ? Dans le scénario macabre écrit par la Belgique des nègres bien payés ont joué le rôle qui leur était dévolu ; des sujets belges ont eu leur part tout au long de la chaîne. Deux brutes furent chargées d’achever un premier ministre élu, à l’issue d’élections incontestées et incontestables, chassé du pouvoir par des manœuvres sordides orchestrées depuis Bruxelles au prétexte de voir le pays tombé sous la coupe du communisme. En réalité, l’incompatibilité absolue prévalait entre d’une part, les dessins de Lumumba, et d’autre part, ceux de la Belgique soucieuse de garder la main mise sur le pays. Dans l’entendement des hommes politiques belges la proclamation de l’indépendance du Congo n’était ni plus ni moins qu’une opération cosmétique destinée à garantir le statu quo ante. Imaginez la scène : le corps du premier ministre livré à la rage de deux brutes qui s’acharneront sur le corps au finale dissous dans l’acide sulfurique. En guise de trophée, les exécuteurs de basses œuvres emporteront une dent de Patrice Lumumba, qu’ils ramèneront dans la leur chère patrie. Des Belges ont écrit avec cet acte abominable une scène à inscrire en bonne place dans l’anthologie mondiale des horreurs. « Le diable est mort » : c’est la manchette d’un quotidien de référence en janvier 1961. La satanisation de Lumumba en dit long sur les mœurs politiques des dirigeants de la Belgique, pieds et poings liés par les financiers, sur le manque d’éthique qui l’emporta finalement, sur le cynisme et la solidarité dont la Belgique peut faire montre, au-delà de ses divisions et dissensions internes, linguistiques ou autres, dès lors que ses intérêts sont menacés. Face à Lumumba se dressait un bloc sans fissure, celui de la Belgique soudée par la volonté d’éliminer un homme, et une fois le forfait commis d’en effacer toute trace. En défendant leurs intérêts au prix du sang, les responsables politiques belges, au plus haut sommet de l’Etat, ont pris une monstrueuse responsabilité devant l’Histoire. Les Belges partagent avec leurs hommes de paille, qui ont confisqué le pouvoir au Congo, la responsabilité du chaos. Ils sont les architectes d’un pacte post-colonial où la corruption et l’impunité et la terreur ont tenu lieu de loi. Pour sa part Lumumba refusa de jouer les « béni oui oui » et d’endosser la bure des culs bénits. Nul n’est mieux qualifié que lui pour incarner le héros libertaire par excellence du peuple congolais. Il a d’ailleurs cessé d’appartenir au seul Congo : il est l’Afrique humiliée et offensée qui se redresse pour clamer sa dignité ; il est le tiers Monde pillé et truandé qui se regimbe pour dire non. Il est le porte-voix de tout homme assoiffé de liberté et fier de s’assumer dans la fraternité partagée. Dans l’histoire du Congo, c’est un géant qui domine ses contemporains de sa stature d’homme incorruptible, de voyant de par l’ampleur de son dessein politique, de poète aux paroles de braise lancées dans le ciel opaque de l’oppression et du mépris. Il est de la race d’hommes et de femmes d’exception dont l’histoire écrite par l’ancien colonisateur a tendance à tordre et à déformer l’image au nom d’impératifs idéologiques. Il se tient aux côtés d’Affonso1er ; de Kimpa Vita alias Dona Béatrice, de Simon Kimbangu et de Paul Panda Farnana, comme eux il témoigne des combats mémorables et épiques qui ont jalonné l’histoire du monde noir, de l’Afrique et du Congo où des hommes et des femmes n’ont pas attendu d’être « découverts » –que nenni- pour entrer dans l’histoire. Patrice Lumumba se dresse immense et beau dans la mémoire des peuples. Et pourtant en Belgique, pas une rue, pas une plaque, pas un square ne porte son nom. La statuaire du royaume est dédiée à des personnages douteux et des criminels aux prouesses sanglantes baptisés « héros de la civilisation ». Dans sa propre patrie, l’on tenta d’éclipser sous les injonctions du maître la mémoire de Lumumba. La récupération fut également de la partie, un levier activé pour gagner les faveurs du peuple par des opportunistes de tout poil. Les assassins de Lumumba, en guise de récompense, ont reçu le Congo en dévolution, gratifiés en sus de prébendes et des armes afin de pérenniser sous des masques trompeurs le colonialisme d’antan. Ils ont déterré le nom magique de Patrice Lumumba pour tromper le peuple car leurs paroles n’ont jamais été illustrées par des actes dignes de patriotes. Ces hommes de paille qui ont géré le pays par procuration sont toujours là ; ils ont renoncé d’être eux-mêmes agissant en tout par procuration, la dépendance leur tient lieu de seconde nature. Ils ont mis la muselière aux aspirations du peuple congolais et transformé le Congo, en un territoire désarticulé abandonné aux instincts des prédateurs. Patrice Lumumba est une inépuisable source d’inspiration, un gage pour l’avenir du Congo, une figure solaire au panthéon des héros qui ont illustré l’histoire du monde noir ; un héros universel. Vive Patrice Lumumba. Vive le Congo.
 "

 Antoine Tshitungu Kongolo


 
DSCF0434DSCF0383DSCF0427.JPG
DSCF0404
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article