Info en ligne des Congolais de Belgique
Lors du colloque organisé par la Fédération de congolais de l’étranger FCE en mars 2010 à l’hôtel Sheraton de Bruxelles, nous avons eu un entretien avec Monsieur Kalama-Ilunga. Des ennuis techniques ne nous ont pas permis de publier cet entretien plutôt. Heureusement, il est toujours d’actualité.
Artiste de grand talent connu sous le nom de Kalama Soul, il a marqué notre musique avec des chansons comme : « Hadisi ndjo », Naza Ballado Te », « Mama Lopango ». Avec son groupe, il avait été un des représentants de notre pays aux jeux de la Francophonie du Maroc en 1989.
La culture étant souvent la première victime quand la politique d’un pays périclite, Jean Kalama-Ilunga a été obligé malgré lui de changer non pas de fusil d’épaule, mais de fusil carrément. . Fin des années nonante,il s’est lancé dans la politique active avec l’AFDL. Il a ainsi été conseiller au Ministère de la Culture et des arts.
Aujourd’hui, à partir de Paris, il anime une formation très engagée politiquement : l’UCDP. Sur qui n’a-t-il pas tiré ? Même sur ceux avec qui il a milité à l’époque mais qui se sont fourvoyé.. Nous avons tenté de cerner le sens de son combat. Ci-dessous ses réponses à certaines de nos questions.
CDB : Quel regard portez-vous sur la polémique concernant la double nationalité pour les congolais?
Jean Kalama-Ilunga : A mon sens, ’’double nationalité’’ n’est qu’une tautologie du terme ‘’nationalité’’! Parce que la nationalité est intimement liée à l’identité culturelle, en conséquence et logiquement, elle ne peut être qu’une et inaliénable! Parce que la Nation est définie comme étant la somme d’identités culturelles incluses dans l’espace géographique de la République Démocratique du Congo, tout congolais ou congolaise dit d’origine est sensé disposer d’une identité culturelle c'est-à-dire d’une appartenance ethnique qui lui confère cette qualité d’être congolais. En ce sens, aucune loi n’est susceptible d’ôter à tout congolais ou congolaise d’origine son identité culturelle autrement dit sa nationalité qui est inaliénable.
La disposition constitutionnelle sur la nationalité en l’article 10 est à la base de l’amalgame et la confusion entretenue pour soutenir l’exclusion des congolais vivant à l’étranger.
CDB : L’article 10 de la Constitution stipule que la nationalité congolaise est une et exclusive. Cette disposition provenant de la 2ème république est reprise telle quelle dans la nouvelle Constitution. D’après vous, un congolais résidant à l’étranger et naturalisé français par exemple, n’a pas perdu sa nationalité congolaise ?
Jean Kalama-Ilunga : Tout à fait, la nationalité congolaise étant liée à l’identité culturelle ne peut pas disparaître pour cause de ’’double nationalité’’ soit disant! Lorsqu’un congolais vivant à l’étranger se naturalise comme citoyen du pays de sa résidence, il s’agit de la citoyenneté et non de la nationalité parce qu’en fait, la citoyenneté qui est liée à la résidence, ne peut pas être et n’est pas la nationalité qui, elle, est liée à l’identité culturelle. A cet égard, il est juste et logique de dire qu’on est, par exemple, citoyen belge, français ou américain…de nationalité congolaise. Exclure les congolais de leur droit fondamental, celui d’être congolais, a toujours été et est l’objet de l’article 10 de la Constitution! C’est inacceptable parce qu’une loi fondamentale qui a pour vocation d’organiser notre société, ne peut pas promouvoir l’exclusion! En France, par exemple, on parle de « naturalisation » pour les étrangers y résidant depuis quelques années et qui souhaitent en acquérir la citoyenneté! Pourquoi parle-t-on de « naturalisation » au lieu de « nationalité » ? Parce qu’effectivement, la « naturalisation » n’est pas synonyme de « nationalité »! « Jeter l’eau de bain avec le bébé dedans » est d’une certaine façon l’analogie qui caractérise l’article 10 de la Constitution qui n’est qu’une loi scélérate imposée et entretenue pour effectivement effacer d’autres congolais du tableau de notre société! C’est une violation flagrante du droit de l’homme du fait de priver aux congolais leurs identités culturelles! Les exceptions comme l’exclusivité de l’article 10 peuvent avoir leurs places dans les lois organiques pour compléter la loi fondamentale et non pour en tenir lieu! Il faut impérativement la changer! Sinon, nous serons obligés de proposer aux nombreux congolais lésés dans leur droit fondamental d’être congolais, c'est-à-dire ntandu, mongo, luba, lokele, rega, lunda, sakata, lomotwa, kuba, tetela, mbala, yaka, ngbaka, teke-humbu, yanzi, shi, ngbandi, kaonde…etc. de mener une action en justice auprès de la cour internationale des droits de l’homme contre cette disposition constitutionnelle de la République Démocratique du Congo sur la nationalité qui prive délibérément aux congolais et congolaises d’origine leurs identités culturelles, leur nationalité!
CDB : En tant que politique, que préconisez-vous à la place de l’article 10? Et quel regard portez-vous sur la révision de la Constitution par laquelle certains soupçonnent le pouvoir de tenter de modifier la durée de la législature de 5 à 7ans et d’autres, comme Olivier Kamitatu, qui préconisent le renforcement du pouvoir présidentiel ?
Jean Kalama-Ilunga : Le projet politique de l’UCDP préconise le « primat de la nationalité congolaise » en lieu et place de « l’exclusivité» inscrite par l’article 10. C'est-à-dire que tout congolais d’origine est d’abord congolais et le reste quelles que soient les citoyennetés des pays étrangers de résidence acquises.
Mzee Laurent Désiré Kabila avait proposé l’organisation du débat national sur la nationalité afin d’endiguer les exclusions! Mais les manipulateurs avaient réussi à détourner et à occulter cette question de nationalité pour imposer le controversé dialogue inter-congolais!
Quant à la révision constitutionnelle, elle est une nécessité absolue pour que soient prises en compte les amendements qui ne l’étaient pas avant sa promulgation en 2006 afin de modifier les dispositions constitutionnelles qui ne cadrent pas avec les fondamentaux de notre société.
Modifier la durée de la législature de 5 à 7 ans, non seulement c’est une mauvaise idée, elle est absurde et rocambolesque du fait de sa suggestion en fin de mandat.
Pourquoi vouloir renforcer les pouvoirs du président de la république dans un système déjà structuré comme une monarchie institutionnelle? Monsieur Olivier Kamitatu était président du parlement au moment de l’élaboration de cette Constitution qui ressemble à s’y méprendre à celle de la 5ème république en France qui est d’inspiration monarchique selon laquelle le Président de la république est intouchable et au dessus de la loi ! Cela veut dire qu’il jouit d’une immunité absolue quoiqu’ il fasse! Ce système a étalé ses insuffisances et son inefficacité du fait de la dualité artificielle qui alourdit le dispositif de prise des décisions au sommet de l’Etat! En s’encombrant d’un Premier Ministre nommé mais dont les prérogatives s’entremêlent avec celles du Président de la république élu au suffrage universel direct, ce système quasi-monarchique sacralise la fonction présidentielle et isole ce dernier du peuple qui l’a élu en l’éloignant du pilotage direct et de la réalisation du programme pour lequel il était élu! Pour ces raisons et pour ma part, je préconise l’instauration du système présidentiel non pour renforcer les pouvoirs du Président de la république, mais pour son implication directe à la gestion quotidienne des affaires de l’Etat afin qu’en qualité de Chef de l’Etat et du gouvernement que ça soit lui qui réponde directement ou par délégation directe au travers des vrais ministres aux questions posées par les représentants du peuple élus au suffrage universel direct, au lieu d’être limité aux inaugurations ’’de pose de première pierre’’ ou des discours oiseux lors des fêtes somptuaires à l’occasion de diverses commémorations! Ce système permettra d’évaluer et d’apprécier à la juste valeur, l’aptitude de tout Président à gouverner et qui devra répondre directement de toute dérive relative à la mauvaise gestion! Ainsi, il n’y aura plus de ’’fusible’’, de paravent pour porter le chapeau des insuffisances et la totale responsabilité, en cas de piètre gouvernance, sera assumée au plus haut sommet de l’Etat!
CDB: Comment, en dehors du pouvoir, envisagez-vous faire adopter vos idées politiques dans cet environnement hostile au changement et dans lequel les forces d’inertie sont maîtres du terrain et ancrées solidement ?
Jean Kalama-Ilunga : Je tiens à souligner que la République Démocratique du Congo est un patrimoine appartenant à tous les congolais sans exclusive! Je précise, par ailleurs, qu’elle n’est pas une propriété privée de quelques personnes qui y fixent les règles au gré de leurs intérêts! A ce titre, notre devoir à tous est d’apporter des propositions constructives en vue contribuer à l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. Nous l’avons toujours fait et nous ne nous fatiguerons pas de le faire! Si le conservatisme du pouvoir, comme vous dites, confisque l’espace d’expression en occultant ou en rejetant délibérément nos propositions, notre devoir sera de nous lancer avec force dans la bataille pour la conquête du pouvoir politique face à ces forces d’inertie pour concrétiser nos idées afin de réaliser le changement qui donnera les réponses appropriées pour satisfaire les aspirations du peuple congolais !
De toute manière, nous y sommes préparés ! Nous disposons d’un projet de société qui tient compte de toutes les facettes de la vie nationale et d’un programme politique que nous adaptons à toutes les évolutions de politique nationale voire internationale bien qu’on ne soit pas encore au pouvoir! En tout état de cause, un mandat politique pour gouverner un Etat n’a pas pour vocation de servir de classe pour apprentissage en politique, on y vient pour concrétiser des projets déjà réfléchis et maîtrisés en vue d’apporter des solutions aux divers problèmes qui se posent dans notre société.
Depuis quelques années, nous assistons, chaque jour, à un spectacle tragi-comique d’ambitions personnelles au travers d’une course effrénée pour attraper un poste de pouvoir. Cela est devenu une occasion d’ascension sociale pour laquelle toutes sortes d’artifices sont utilisées.
Je ne suis pas parmi ceux qui s’adonnent à la professionnalisation de la fonction politique à tout prix!
CDB : les élections générales sont pour bientôt en 2011! Avez-vous des idées pour une candidature, à la présidence par exemple?
Jean Kalama-Ilunga : Pour ma part, l’élection ne constitue pas une fin! Ce qui m’importe, c’est le développement du pays et son avenir parce que ma conception du pouvoir politique n’est pas celle qui se limite à la course au pouvoir pour le pouvoir, le pouvoir pour dominer les autres comme marche pieds pour servir ses intérêts égocentriques! De toute manière, l’échiquier politique de la RD Congo se présente comme un cas typique de système fermé. Pour cette raison, je ne me permettrai pas de pousser la naïveté jusqu’à annoncer une candidature juste pour embellir mon CV voire pour me forger un statut, en désespoir de cause, comme par exemple celui ’’d’ancien candidat à la présidence’’ dont certains en ont fait un métier juste pour les honneurs!
La République Démocratique du Congo a besoin d’excellence et d’une culture politique forgée pour faire face à toute épreuve et à la médiocrité ambiante qui tirent notre société vers le bas! Toute candidature pour n’importe quelle fonction politique doit nécessairement avoir un sens qui ne peut être possible qu’au travers une vision globale à court, moyen ou long terme.
Mon engagement politique ne peut se limiter à arborer des effets d’annonce au travers des candidatures pour frimer! Pour répondre à votre dernière question, je m’en remets à la Force créatrice de la nature pour me guider dans la lutte que je mène depuis plusieurs années afin de trouver des réponses en vue de l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens!
Propos recueillis par Cheik FITA et publiés le 2 mai 2010