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KAMERHE : KABILA A PEUR DE L’OPPOSITION ET COMMANDITE DES TEXTES D’EXCLUSION

 

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Vital Kamerhe, ancien président de l’assemblée nationale congolaise et Président du tout nouveau parti UNC, a tenu, le vendredi 4 février 2011 en début de soirée, une conférence de presse dans la salle junior du NH hôtel du Grand sablon de Bruxelles.

Durant près de trente minutes, Vital Kamerhe a parlé de la situation politique en RD Congo : des élections qui arrivent ainsi que du climat politique qui prévaut en RD Congo.

Par rapport au climat politique, il a évoqué deux événements ayant eu lieu en décembre 2010 :

- Le retour triomphal d’Étienne Tshisekedi le 8 décembre
- La sortie une semaine plus tard, de l’UNC , Union pour la Nation Congolaise, puis l’accueil reçu a Goma puis à Bukavu.

Durant longtemps, monsieur Kabila, que l’orateur a préféré appeler « le pouvoir en place » était convaincu qu’il y avait un boulevard devant lui pour un second mandat à la tête du pays.

La révision constitutionnelle de janvier et l’éventuelle préparation d’une loi électorale tendant à exclure les candidats gênants, montrent que la peur s’est installée dans le camp de monsieur Kabila.

Pour Vital Kamerhe, cette révision est condamnable pour au moins les raisons suivantes :

Une constitution ne peut pas être révisée n’importe comment. Il a fallu des mois de longues tractations pour arriver à cette constitution, et en 48 heures, la majorité présidentielle au parlement charcutera notre loi des lois, une majorité instrumentalisée, contre les aspirations du  peuple.
L'actuelle constitution était le socle de la refondation d'un état, et l'œuvre devrait se poursuivre… Hélas !

Pourquoi modifier la constitution à un moment où les opérations pré-électorales ont déjà commencé? On ne change pas les règles de jeu en cours de match.

Parallèlement à cette peur dans le camp du pouvoir, l'opposition s'organise progressivement et parle de plus en plus d'une même voix.
Plusieurs questions ont ainsi été posées par la presse:

- L'opposition pourrait-elle organiser des primaires pour se choisir un candidat à la présidentielle?

- Après avoir fait campagne pour Kabila en 2006, la population accordera-t-elle crédit à Kamerhe dans ce nouveau rôle d'opposant?
- La majorité a modifié à la hussarde la constitution sans que l'opposition n’ait une stratégie pour arrêter la cabale, et si la loi électorale était également taillée sur mesure pour exclure les candidats de l'opposition les plus menaçants, quelle serait la parade de l'opposition?

- Quelle lecture de l’histoire nationale aujourd’hui : vers des élections ou tenir compte de l’implication de puissances étrangères et autres pays voisins, souvent sous-traitants de basses besognes.

 - Le pouvoir accuse indirectement Kamerhe d'avoir commandité l'article sulfureux de l’hebdomadaire Jeune Afrique, qu'en dit-il?

Des questions quelque peu en dessous de la ceinture ont également été posées : le questionnement de certains sur la nationalité de l'orateur, une phrase retirée d'un discours en swahili: "Nilidanganika", quelle traduction: Je me suis trompé? J'ai "menti"? Je vous ai menti.

En bon tribun, Kamerhe, ne s'est à aucun moment fait démonter.

Son implication dans différentes négociations depuis  l’agression ougando-rwandaise lui facilitait la maîtrise de l’histoire récente de notre pays.
- L'opposition mettra des critères objectifs pour choisir ses représentants.
- Si la loi électorale est inique, l'opposition espère anticiper le coup.

- En 2006, monsieur Kabila avait moins de 40 ans, âge repris dans toutes nos constitutions depuis 1960 en passant par Mobutu et la CNS, conférence nationale souveraine. En 2005-2006, des adversaires politiques de monsieur Kabila dont Jean-Pierre Bemba avaient concédé à l’abaissement de l’âge des candidats présidentiels à 30 ans !

Pourquoi monsieur Kabila est-il aujourd’hui dans une logique de textes de lois excluant le plus possible les autres ? Drôle de reconnaissance !
- Kamerhe a été à Goma, et à Bukavu. L’accueil délirant reçu montre que la population le porte dans son cœur, et en a ras-le-bol du système en place.

- Jeune Afrique est un grand journal indépendant et l'article à la une "Kabila=Mobutu Light" est un dossier réalisé par plusieurs journalistes. Comment leur donner des injonctions?

Kamerhe rwandais? Il s'était opposé à une action militaire congolo-rwandaise. La suite? C'était dans l'intérêt de qui? Du Rwanda ? De la RD Congo ?

Il serait opportun que les compatriotes intériorisent que l’ex Kivu, c’est près de huit millions d’habitants. Tous rwandais ?

Dans tous les cas, l'heure est à des thèmes plus pointus et de haut niveau pour obtenir l'alternance.

Le discours de Kamerhe a été très cohérent, dans un style modéré et non guerrier.

Si en 2006 Joseph Kabila avait largement profité du talent oratoire de Kamerhe (Il parle couramment les quatre langues vernaculaires de la RD Congo), le Chef de l’Etat congolais doit aujourd’hui sérieusement se mordre les doigts pour la campagne qui s'annonce. Sans compter qu’en prime, il trainera comme un boulet aux pieds, ses contreperformances dans la gestion de la Res Publica.

A l'issue de la conférence, les participants ont été conviés à un diner. Des bouteilles de champagne étaient visibles. Dans la salle, il y avait certes des journalistes, mais aussi une vingtaine de partisans de Kamerhe.

Cheik FITA

Bruxelles, le 5 février 2011

 

 

 

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