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UN GOUVERNEUR DE L’AMP POUR L’EQUATEUR, VU PAR GUY DE BOECK

Assemblée provinciale de l'Equateur

Le rédacteur du site Congoforum.be a publié une revue de la presse congolaise ayant trait à l’élection du nouveau gouverneur de l’Equateur, accompagnée de petites notes très intéressantes.

Voici cette revue.


« J.C Baende élu avec plus de 55% », affiche à la Une La Référence+. En effet, la Commission électorale indépendante, CEI, a publié vendredi 13 novembre 2009 les résultats provisoires de l’élection du gouverneur de l’Equateur. Selon le procès-verbal lu par le coordonnateur de la CEI/Equateur, le candidat Jean-Claude Baende vient de l’emporter avec 60 voix, sur 108 votants.

Ce résultat inspire en général à la presse des commentaires qui dépassent largement le cadre provincial. Il est beaucoup moins question du nouvel élu et de l’Equateur, que des modifications que cela apporte à la carte politicienne du Congo : l’Opposition ne détient plus aucune province. L’AMP détient le pouvoir partout et prend des allures de parti unique. Le MLC paraît en perte de vitesse et l’on en est à se demander s’il a bien géré l’affaire Makila qui fut à l’origine  de cette élection… Bref, une fois de plus, bien des commentaires sont braqués déjà sur les élections de 2011.

Le score obtenu par J. C Baende, gouverneur élu de l’Equateur, pousse Le Potentiel à qualifier l’Alliance de la majorité présidentielle de « cartel dominant et dominateur ».

Pas de surprise à Mbandaka, écrit-il. L’Equateur, le tout dernier bastion du Mouvement de libération du Congo (MLC) est tombé, sans coup férir, dans l’escarcelle de la Majorité présidentielle. Face à ses concurrents divisés, le gouverneur de province a été élu avec un confortable score : plus de 68,04%. Une victoire qui n’est pas sans conséquence, sur l’avenir du Mlc, en particulier et du paysage politique en général.

(On ne manquera sans doute pas de ricaner que la carrière de Baende est un exemple type de carrière « à la congolaise », c'est-à-dire sinueuse. Entré au Parlement provincial en alliance avec le MLC, il finit par se faire élire gouverneur avec le soutien de l’AMP, mais en tant que candidat « indépendant ».

 Il faut d’ailleurs noter en passant que le traiter, comme le Font l’Afp ou Le Révélateur, de « dissident du MLC » est inexact : Baende préside un petit parti, l’UDHC, d’inspiration chrétienne, qui a été précédemment allié au MLC. S’il est dissident de quelque chose, c’est donc de l’UN, non du MLC. On se trouve une fois de plus devant l’inconsistance de coalitions politiques qui ne font que prolonger des alliances tactiques venues du second tour des Présidentielles de 2006. Dire que l’Opposition est majoritaire au Parlement provincial de l’Equateur, c’est négliger le fait qu’il s’agit d’un conglomérat composite dont le seul point commun est d’avoir préféré Bemba  - ou rejeté Kabila – lors de ce second tour, question depuis longtemps dépassée. Ils peuvent fort bien être en désaccord sur tout le reste ! Le MLC proprement dit ne dispose que d’une trentaine de sièges, ce qui représente une forte minorité, certes, mais une minorité quand même.


Si l’on tient compte de ce que Mr. Busa, candidat MLC ayant l’agrément des instances du Parti, et Mr. Bolenge, MLC « rebelle » ont recueilli respectivement 28 et 20 voix, on ne peut pas attribuer la victoire de Baende à l’indiscipline – voire à la corruption  - au sein du MLC, mais on voit par contre une fois de plus qu’une alliance tactique devenue sans objet tend naturellement à se déliter. NDLR)

 

L’Avenir n’est pas de cet avis et embouche résolument les trompettes de la victoire. Sous le titre : « Le MLC humilié, J.C Baende élu au premier tour », il note que Baende a été élu avec 60 voix. Le candidat du Mlc, Jean Lucien Busa vient en deuxième position très loin de Baende avec 28 voix. Pour L’Avenir on peut parler d’un raz de marée humiliant pour le MLC. Si on rassemblait toutes les voix de tous les candidats du MLC, ils ne totalisent que 48 voix. Le MLC n’a plus rien à gérer. Il retrouve sa plénitude dans l’opposition.

(Au-delà du fait que L’Avenir est résolument gouvernemental et ne fait donc que son travail en célébrant un succès de l’AMP, on voit mal de quelle manière L’Avenir pourrait nuancer son propos, car il ne pourrait le faire sans mettre en lumière le fait gênant que l’AMP présente aussi l’inconsistance de coalitions politiques qui ne font que prolonger des alliances tactiques venues du second tour des Présidentielles. Il s’agit là aussi d’un conglomérat composite dont le seul point commun est d’avoir préféré Kabila lors de ce second tour, question depuis longtemps dépassée.
On peut même se demander si l’on prête assez d’attention au fait que tant d’hommes politiques, bien qu’ayant des « étiquettes » bien connues, se présentent comme « indépendants » quand vient l’heure du scrutin. Ce fut le cas de Kabila lui-même lors des présidentielles. Faut-il en conclure que les partis ont si mauvaise réputation en RDC que mieux vaut ne pas en faire état ? NDLR)

La débâcle du MLC, locomotive supposée de l’Opposition institutionnelle, poursuit de son côté Le Potentiel, n’est pas un fait anodin. Pour certains analystes, « José Makila, le précédent gouverneur MLC déchu, vient de signer sa revanche sur le secrétaire général du parti, François Muamba, qu’il accuse de l’avoir lâché alors que son poste était menacé par l’Assemblée provinciale ».

(Makila est tombé à la suite d’accusations de détournement sur lesquelles aucun tribunal ne s’est encore prononcé. Il se trouve donc dans une situation qui rappelle celle de l’ex-bourgmestre de Charleroi : renversé au nom de faits dont il est toujours présumé innocent.

Le péché mortel qui lui est reproché par le MLC est moins d’avoir « tapé dans la caisse » que d’avoir, quelques mois plus tôt interdit toute manifestation dans la province quand, à l’occasion de l’arrestation de JP Bemba, il y a eu des manifestations violentes, dégénérant en casse et en brutalités individuelles. Makila a donc payé surtout le fait d’avoir fait passer son devoir de gouverneur avant son appartenance partisane et, en l’occurrence, les institutions congolaises ont bien fonctionné. Il est normal, dans une démocratie, que certains pouvoirs locaux aient une « couleur » opposée à celle de la majorité nationale. NDLR)

Enfin, il faut bien faire une remarque générale, valable pour l’ensemble de la presse : les analyses  qui nous sont présentées par les publicistes congolais tiennent très peu compte de ce que l’élection d’un gouverneur en Equateur n’était pas un scrutin populaire, mais une élection au second degré  par un collège de « grands électeurs ». Les conclusions qu’on en tire, qu’il s’agisse d’enterrer le MLC ou de porter aux nues l’AMP, risquent donc d’être très aventurées ! 

 

© CongoForum, le samedi 14 novembre 2009

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