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LE "MESSAGE" D’OBAMA A NKUNDABATWARE





 

 

 

Le sénateur de l’Illinois, le noir américain Barack Obama vient d’être élu Président des Etats-Unis d’Amérique, la plus grande puissance du monde.

Si cela est une page importante de l’histoire américaine qui vient d’être écrite, c’est pour les autres pays du monde une page d’histoire qui doit être étudiée et mieux, dont on doit tirer les leçons, surtout dans les pays comme la RD Congo qui sont à la traîne alors qu’ils possèdent de grands atouts pour prospérer. Un pays où sévit actuellement une guerre dont le leader rebelle affiche désormais clairement ses ambitions : chasser l’actuel président, prendre sa place. Comment ?

 

Au delà d’une victoire d’un individu, c’est d’abord une grande symbolique, mais c’est aussi la victoire de toute une série de valeurs. Valeurs qui transpirent de son premier discours de président élu.

 

Dans son premier discours, Obama a remercié son amie de près de quinze ans : Michèle Obama son épouse, ses enfants et sa grand-mère d’origine blanche qui vient de disparaître la veille du sacre, sa famille.

La victoire d’Obama est le résultat d’une direction de campagne, d’une stratégie, d’une équipe de travail, de l’implication et le sacrifice des jeunes et des bénévoles et enfin d’un véritable trésor de guerre collecté minutieusement auprès des simples travailleurs et de simples citoyens : plus de six cent millions de dollars.

Et à l’arrivée, le succès, le pouvoir pour quatre ans et peut-être huit, si Obama travaille convenablement.

Cela a parfois été dit, la couleur de sa peau n’a pas été un atout pour Obama, bien au contraire. Pourquoi ? Parce qu’il y a en Amérique des préjugés et un cliché du noir qui sont lourds à porter. Par exemple : En quoi ce noir candidat à la présidence pouvait-il être différent de tous ces noirs majoritaires dans les prisons américaines ?

Plus que tout, Obama a fédéré autour de lui des millions de personnes grâce quelques mots, quelques slogans mais qui en réalité véhiculaient une grande force dont le résultat final est l’accession au pouvoir.

 

Il se fait qu’au moment où la grande Amérique a clôturé le marathon électoral, à l’Est du Congo notre pays il y a une rébellion qui nargue le pouvoir central, qui occupe un espace géographique échappant au pouvoir légal, issu des élections de 2006. une rébellion qui a décidé d’accéder au pouvoir… par les armes.

Raisons ? Deux :

  1. protéger une minorité ethnique à laquelle appartient le leader, monsieur Nkundabatware, général déchu.
  2. sanctionner un pouvoir élu, mais qui n’a pas réalisé ses promesses électorales. 

 Comme Obama, Nkundabatware est issu d’une minorité ethnique, alors qu’au Congo, comme le disait Monseigneur Monsengwo lors de sa dernière conférence de presse à Bruxelles : « Au Congo, chacune des quatre cent ethnies est une ethnie minoritaire. »

Comme Obama, Nkundabatware s’est assigné une mission : opérer le changement au pays.

Comme Obama, Nkundabatware a compris qu’on ne peut mener une « guerre » sans se donner des moyens. Il a ainsi aujourd’hui une force de feu qui fait détaler les soldats du pouvoir central. Une force de feu qui vaut de millions de dollars.

À la différence de Nkundabatware, Obama ne s’est pas appuyé sur son groupe ethnique : les noirs, encore moins les noirs originaires du Kenya, patrie de son père. Les afro-américains ne représentent pas plus de 12%.

À la différence de Nkundabatware, Obama n’a pas pris la kalachnikov pour accéder au pouvoir.

À la différence de Nkundabatware, Obama ne s’est pas donné comme mission la protection de sa minorité ethnique.

À la différence de Nkundabatware, Obama n’a pas jeté sur les routes des millions de ses compatriotes, il est plutôt allé vers eux.

 

Si comme Obama, Nkundabatware peut dire « yes we can », le parcours d’Obama n’est-il pas la voie recommandée pour accéder au pouvoir ? Oui, un candidat issu d’un groupe minoritaire est parvenu à convaincre ceux qu’on dit majoritaires de lui donner leur suffrage.

Si comme Obama, Nkundabatware veut accéder à la magistrature suprême au Congo, ne devrait-il pas aller vers ceux qu’il considère comme « majoritaires » afin d’obtenir au moment voulu leur suffrage ?

On ne peut parler de la victoire d’Obama sans penser au pasteur Martin Luther King dont le rêve s’est enfin réalisé cette nuit : et ce rêve, c’était le changement, mais dans la non-violence, tout aux antipodes du parcours que veut se donner Nkundabatware pour parvenir à la magistrature suprême.

 

Et si Obama pouvait en ce jour transmettre un message à Nkundabatware face à ses ambitions d’être un jour le numéro un du Congo, ne lui dirait-il pas sûrement : « Yes, you can ! » Mais n’ajouterait-il pas : « without gun ! », sans la kalachnikov !

En fait, l’élection d’Obama, n’est-ce pas déjà là, le message d’Obama pour Nkundabatware et tous ceux qui en Afrique rêvent du pouvoir en ignorant le peuple, le souverain primaire ?

 

Cheik FITA

 

Bruxelles, le 5 novembre 2008

 

 

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